Freud Quotidien

Paroles de psychanalystes

Jacques Lacan sur ses écrits

« Et puis je vais vous dire aussi quelque chose qui est caractéristique de mes Écrits, c’est que mes Écrits, je ne les ai pas écrits pour qu’on les comprenne, je les ai écrits pour qu’on les lise, ce n’est pas du tout pareil. C’est un fait que, contrairement à Freud, il y a quand même pas mal de gens qui les lisent, il y en a certainement plus qu’on n’a lu Freud pendant quinze ans; à la fin, bien sûr, Freud a eu un énorme succès de librairie. Mais il l’a attendu très longtemps. Moi, je n’ai jamais rien attendu de pareil. Ça a été pour moi une surprise absolument totale quand j’ai su que mes Écrits se vendaient. Je n’ai jamais compris comment ça se fait. Ce que je constate par contre, c’est que même si on ne les comprend pas, ça fait quelque chose aux gens. J’ai souvent observé ça. Ils n’y comprennent rien, c’est tout à fait vrai, pendant un certain temps, mais ça leur fait quelque chose. Et c’est pour ça que je serais porté à croire, contrairement à ce qu’on s’imagine au dehors, on s’imagine que les gens achètent simplement mes Écrits, et puis qu’ils ne les ouvrent pas; c’est une erreur; ils les ouvrent, et même ils les travaillent; et même ils s’esquintent à ça; parce qu’évidemment quand on commence mes Écrits, ce qu’on peut faire de mieux, en effet, c’est d’essayer de les comprendre; et comme on ne les comprend pas – je n’ai pas fait exprès qu’on ne les comprenne pas mais enfin ça a été une conséquence des choses, je parlais, je faisais des cours, très suivis et très compréhensibles, mais comme je ne transformais ça en écrit qu’une fois par an, naturellement ça donnait un écrit qui, par rapport à la masse de ce que j’avais dit, était une espèce de concentré tout à fait incroyable, qu’il faut en quelque sorte mettre dans de l’eau comme les fleurs japonaises, pour le voir se déplier. C’est une comparaison qui vaut ce qu’elle vaut. »

(Conférence de presse au centre culturel français de Rome, le 29 octobre 1974)

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Cette entrée a été publiée le 29 octobre 1974 par dans Culture & Société, Jacques Lacan, Psychanalyse, et est taguée , , .

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